Thème 2015-2016 : Translation(s) – Texte de cadrage

Thème 2015-2016 : Translation(s)

Dans sa pièce Translations (1980), le dramaturge irlandais Brian Friel appréhende le concept de translation et les processus de traduction, de déplacement, de transformations qui s’y rattachent comme autant de manières d’évoquer métaphoriquement l’identité et l’histoire irlandaises. Par le prisme de l’écriture théâtrale, Friel explore ainsi les ressorts et enjeux linguistiques, politiques, sociaux et culturels constamment bien qu’implicitement à l’œuvre dans le mouvement de la translation.

C’est précisément dans cette optique de déploiement des multiples acceptions du concept de translation que nous souhaitons orienter notre réflexion, en envisageant le thème de la translation comme prisme au travers duquel se font jour une multiplicité de problématiques propres au domaine des études en civilisation anglophone.

Terre incessamment foulée, traversée d’influences multiples et constamment renouvelées, espace géographique et politique façonné au gré des expansions territoriales et des trajectoires migratoires, mais aussi nation forgée dans l’évènement originel que constitue la rupture avec la monarchie britannique, les États-Unis sont un de ces pays dont l’histoire s’est écrite et continue de se décliner sur le mode de la translation.

Terme polysémique s’il en est, la translation suggère le mouvement, ou plus littéralement le transfert d’un lieu vers un autre, qu’il soit matériel ou symbolique. La translation évoque du reste le changement et le déplacement, qu’il s’agisse d’une traduction ou d’une transposition, d’un ajustement ou d’une adaptation à une situation nouvelle. De l’abolition de l’esclavage aux mouvements pour les droits civiques en passant par les 13ème, 14ème et 15ème amendements, de la revendication des droits des femmes et des travailleurs aux conquêtes sociales et politiques du 20ème siècle jusqu’à la reconnaissance au plan fédéral du mariage homosexuel récemment entérinée par la Cour Suprême, les mutations sociales, sociétales et politiques ont et continuent de modeler et de reconfigurer le visage et l’identité des États-Unis. De la progression des pionniers le long de la frontière au développement du chemin de fer en passant par l’essor exponentiel des dernières technologies et réseaux de communication depuis la fin du 20ème siècle, les hommes, les biens, les capitaux et les idées n’ont cessé de circuler, de s’échanger, de se transmettre, faisant ainsi des États-Unis un espace de flux et d’interactions en perpétuelles évolutions.

La notion de translation s’avère également particulièrement féconde au regard du domaine britannique. Si dans son acception littérale de traduction, la translation soulève également la problématique des langues régionales ou dialectes en Grande Bretagne qui telles le gaëlique ont pu souffrir d’une politique d’assimilation forcée et de destruction systématique au profit de l’anglais, notamment au 19ème siècle, la translation peut être aussi appréhendée comme un processus d’émancipation. On pense ici par exemple aux politiques en faveur d’un accroissement de la dévolution en Ecosse et plus largement à la question des revendications indépendantistes qui ont et continuent de secouer la Grande Bretagne et qui se sont et continuent de s’élever contre les ambitions souvent considérées hégémoniques de l’Angleterre face aux autres nations qui composent le Royaume-Uni. Le terme de translation sera également l’occasion de s’interroger sur un certain nombre de phénomènes de révolutions, de transitions ou de mutations, à l’instar des bouleversements qu’emporte la révolution industrielle en Grande-Bretagne, mais aussi des évolutions consécutives à sa transition vers une société post-industrielle, à sa conversion au secteur tertiaire, ainsi qu’au rôle et à la place du monde ouvrier dans la société, l’économie et la culture britannique.

La translation est également un terme-clé pour penser la discipline émergente des études transatlantiques, en cela qu’elle invite à réfléchir aux processus de transferts, de migration, d’importation et d’exportation, et plus largement à la question des flux entre l’Europe et les Etats-Unis.

Le thème retenu cette année par AREA nous amènera à réfléchir sur les acceptions variées de la notion de translation. Sans prétendre à l’exhaustivité, plusieurs pistes de réflexion pourront, être abordées parmi lesquelles :

Les translations spatiales : mouvements de populations, immigration, exils, déplacements, ancrages et déracinement, nativisme, explorations.

Les translations temporelles : évolutions historiques, diachronies, révolutions épistémologiques, circulation des idées

Les translations culturelles : revirements jurisprudentiels, contre-culture et marginalisation, évolutions constitutionnelles, mouvements centripètes de reconnaissance des minorités, mouvements centrifuges de marginalisation de certains groupes sociaux ou politiques

Les translations terminologiques : chrononymes, toponymes, concepts normatifs, stratégies de counter-interpellation des minorités.

Les translations historiographiques : révisionnisme, exceptionnalisme américain et filio-piétisme, Nouvelle Histoire et Histoire radicale

Les translations de l’histoire à la fiction

Nous espérons que ce thème vous inspirera et nourrira de riches discussions au cours de l’année !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s